cuisine

la honte ? non, simple distraction …

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Et voilà, les distractions s’ajoutent, s’enchevêtrent, mais il n’y a pas de mal, allez. Cipetto bello, à qui le raconter sinon à toi ! Ces jours-ci une invitation, par mail ou SMS, pour l’anniversaire de S, très bien, invitation à dîner, repas très simple, parfait. Et voilà que, n’ayant pas noté, par écrit, mais dans un coin de ma tête, je transforme ce dîner en déjeuner et je me pointe un peu après 13 h, en tenant bien compte boulot, courses etc. Surprise, mais c’était pour ce soir, qu’à cela ne tienne, on rajoute un couvert. Et tout se passe très bien. Sauf que, pour moi, midi et soir c’est beaucoup. On verra.

Une autre ? bien sûr, je dois quelques petits sous à D, courses, un cadeau en commun, deux achats, combiner, petite arithmétique à la portée d’un enfant de sept ans ou plus jeune. Et moi je mélange les deux sortes de comptes, confondant ma cassette et – en quoi je suis des exemples venant de haut ! – et le tronc commun. Au total, seulement quelques petits centimes d’erreur, mais sur la marche des opérations !

Et d’autres et d’autres … Mais quand on a été l’inventeur de la glace au merlan, ce ne sont que vétilles !

Baci, bellosorbetsorbet_merlan

les images sont empruntées à Wikipedia, merci

des images en éventail

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Ou les egos élastiques, des jours où on est écho à des egos amis, complices, recherchés et des jours où son propre ego réclame, j’ai envie de rouler pour moi, « les routiers sont sympa ». Et moi, et moi et moi mais cette chanson parle d’un moi dans la foule, « aujourd’hui j’ai fait l’amour avec des milliers de chiliens », c’était dans un film d’Abraham Segal, chercherai le titre la date, vers 75-76. Oui, les egos élastiques, le télescopage d’images, qui se chevauchent, superposent, s’évanouissent peuvent revenir … et il y a des mécanismes des procédés « des trucs » pour les voiler dévoiler, comme on fait glisser les panneaux d’un éventail …

 
éventail

"les comédiens"

L’adresse de ce bel éventail qui a « la coquetterie » de se déployer seulement sur site : http://www.verapilo.com/eventails/boutique-eventails/index.php?page=carrousel — contrariété d’ordre technique : les liens, les adresses copiées affichées comme liens ne fonctionnent pas avec WordPress, je ne les vois pas tous sur la colonne de droite … —

    Le jeu de l’éventail, ouvert, plus ou moins, on voit certaines de ses images … celles qui sont dessus, comme Google classe les articles par occurence, comme l’affichage des comm que Facebook resserre, aplatit, rouvre en accordéon.
    nbsp;

    Nos images mentales jouent un peu le même jeu, tout en haut … et même de façon obsessionnelle les fréquentes les rapprochées ou alors ce sont des souvenirs ou des marquants … on n’ouvre pas l’éventail, l’inconscient est aux commandes. D’où l’importance la nécessité de ventiler, pas croupir se laisser envahir … Varier, diversifier c’est vital.

    Je me suis laissée prendre dans ces filets, fonçant tête baissée, comme je l’ai fait autrefois pour le russe, ou au moment de la thèse, pour le piano aux alentours de mes seize dix-huit ans, Internet aussi. On écarte tout et on plonge dans le bouillon, c’est à ce prix qu’on progresse. Certainement, mais se ménager des arrières, des fenêtres latérales … sinon on devient fou dingue style Huis clos. Et la célèbre phrase « l’enfer c’est les autres ».

    Facebook ?
    Et une des phrases « historiques » entendues ce matin à propos de Ben Laden …
    http://www.franceculture.com/emission-les-matins-apres-la-mort-de-ben-laden-2011-05-02.html — du diable si je me souviens de cette phrase, il faudrait réécouter les Matins de ce lundi 2 mai 2011. En fait c’est toute la chronique, les Idées claires de Julie Clarini et, au-delà d’une phrase, c’est un mot, un concept, un monde …

    http://www.franceculture.com/emission-les-idees-claires-desamicalisez-moi-2011-05-02.html
      … au cas où le lien ne fonctionnerait pas, le texte de la chronique, piqué sur le site de France Culture :

    « Désamicalisez-moi ! »
    02.05.2011 – 07:35

    « Chers auditeurs, j’en suis sûre, vous connaissez le mot « désamicaliser » ; non, ce n’est pas encore dans le dictionnaire de l’Académie, mais son équivalent anglais « to unfriend » est entré dans celui d’Oxford il y a déjà deux ans. (Comme quoi le conservatisme britannique n’est plus ce qu’il était…)

    « Désamicaliser », c’est supprimer un de ses amis sur le réseau social Facebook.
    Et si j’en parle ce matin , c’est parce sur ce simple clic – « je te supprime de ma liste d’amis, tu n’auras donc plus accès à ma page personnelle, et à tout ce que je partage avec les autres » –, sur ce clic décisif – « tu n’en es plus »- une admirable analyse de l »univers Facebook a été développée, dans un dernier numéro du Débat.

    Au début, une intuition : une partie du succès de Facebook viendrait, non pas de sa capacité à mettre en relation des individus, mais de sa capacité à neutraliser le conflit entre eux. Pas de bagarre, en effet, pas d’explication, pas de justification, il suffit d’appuyer sur une touche, et le miracle advient : toi, l’ami qui me pèse, l’opportun, le fâcheux, tu as disparu de mon univers numérique.
    Facebook propose ce service immense : se débarrasser d’un ami sans entrer en débat avec lui.

    Or, ce monde où l’ami peut rejoindre du jour au lendemain l’immense foule de ceux qu’on ignore avec délectation, ce monde est d’autant plus intriguant, explique l’auteur de cette analyse, Jérôme Batout, que l’histoire de la création de facebook n’est qu’une histoire de conflits, de conflits entre anciens amis devenus de parfaits ennemis. Le film qui retrace la naissance du réseau social The social network ne met en scène, à y bien regarder, qu’une série de ruptures. Rupture avec une ancienne petite amie, qui donne à Mark Zuckerberg l’idée de pirater le trombinoscope du campus d’Harvard, rupture avec jumeaux Winklevoss avec qui pourtant a lieu la première coopération autour du réseau, et rupture avec le meilleur ami, le best friend forever, Eduardo.

    « En d’autres termes, écrit Jérôme Batout, l’histoire de Facebook est celles d’amis qui, à force de soigneusement, refouler des divergences naissantes, les laissent s’épanouir, et se retrouvent in fine en situation d’hostilité totale lorsque le conflit, qui a eu le temps de pourrir, se manifeste. Alors, en une fraction de seconde, on passe d’ « ami » à « ennemi ». Retournement complet.

    A se demander si Facebook ne propose pas, plus qu’un réseau social, plutôt une utopie sociale, oui carrément une utopie : car, qu’elle paraisse attrayante et souhaitable ou au contraire repoussante, c’est bien une vision du monde, d’un autre monde possible qu’offre Facebook à ses utilisateurs : un monde dans lequel serait effacée une donnée majeure de la vie en société, le conflit.
    Ah quel bonheur, d’autant plus qu’il faut le dire, l’ordinaire de la Toile est à l’opposé de cette vision idyllique. Sur internet, ce qui règne en maître c’est le débat, la concurrence des opinions, des plus triviales aux plus nobles, de « faut-il manger bio » au référendum sur la Constitution de l’Union. Tous les jugements sont possibles, des plus subtils au plus brutaux.
    Eh bien, ce que vous offre Facebook, c’est de vous mettre à l’abri de toute ambivalence. Voilà une clef de son succès.

    Reste à savoir, s’interroge Jérôme Batout, si Facebook ne va pas plus loin, si en vérité davantage qu’un monde sans conflit, la force du dispositif ne repose pas sur un mode violent de règlement des conflits.
    Car « désamicaliser », c’est brutal et définitif, comme une brouille d’adolescents. Et cette manière d’esquiver le conflit jusqu’à ce qu’il explose, sans lui laisser la possibilité de se régler, rappelle le lieu de naissance de facebook, le campus américain, un endroit où le code de la sociabilité, impose de se montrer extrêmement sympathique, de refouler les dissensions, réprimer les jugements. On enfouit les pensées négatives jusqu’à l’explosion, au passage à l’acte.

    La question s’impose : Facebook est-il le site d’une génération, et possiblement d’un monde pour lequel, tendanciellement, toute la dimension de la contradiction, de l’adversité, du conflit, serait tenue dans une orbite morte de refoulement ? C’est l’hypothèse de l’auteur de cet article.

    Auquel on ne manquera pas d’opposer que cet aspect régressif de Facebook n’a pas empêché les jeunesses arabes d’en faire une formidable outil pour le conflit. Le réseau social a parfaitement fonctionné comme lieu de rencontres, d’information, d’agrégation des revendications.
    Rien de plus qu’une nouvelle illustration que la technique est toujours façonnée par son usage, et ne connaît aucun déterminisme. En Tunisie, et en Egypte, l’ami est devenu un camarade, mais qui sait, dans un temps futur, le camarade de lutte redeviendra peut-être un ami qu’on aura envie de supprimer, et ce sera si simple…
    « Desamicalisez-moi » !

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j’ai la nostalgie de

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    J’ai la nostalgie de ma mère (Mahmoud Darwish).
    Difficile de parler de nostalgie il me semble, il s’agit plutôt d’une humeur momentanée, comme d’un goût en bouche ou une envie d’entendre de nouveau soit des paroles soit des voix qui vous disent des choses douces, douces-amères avec tite larme au coin de l’œil … Alors ce matin, mercredi 27 est-ce que je nostalge ? j’aurais dit non, mais si j’écris 27 avril alors c’était l’anniversaire de Nénée, Rina, qui n’a vécu que quarante ans et là c’est un mélange nostalgie souvenirs plus anciens, non nostalgiques.
    En fait dès qu’il s’agit de sentiments, de comment on se sent, on est sur une ligne de crête, on peut verser d’un côté d’un autre, et soi-même risquer de railler de se renier … baste !

      S’il y a une nostalgie au sens de loin de ça je suis perdue, ce serait solitude opposée à un être ensemble; et là surgissent les années Beaulieu, zia Ketty, son regard bleu dans un corps immense, figure maternelle ? un certaine façon d’être directe, franche avec qui elle aimait … elle nous a appris à lire l’heure, souvenir commun fait de plaisir et de rigueur.

        nostalgie de ma cigarette, je l’ai dit l’autre jour, on n’y reviendra pas
        nostalgie d’une certaine lenteur, de prendre le Temps de vivre , oui
        mais tout ce qui s’est contre nostalgé, nostalgisé ! mais oui, les mille (mille tre !) choses que j’avais cru ne pas aimer et qui sont entrées dans ma vie, joie, la musique arabe, le oud, ces voix de mon pays

        donc un faux billet sur la nostalgie, hop, on souffle dessus et il s’envole, comme un ballon bleu
        Et c’est une chanson d’Okoudjava qui est attachée à la ficelle …

        «Девочка плачет, шарик улетел», Окуджава Булат

        Девочка плачет, шарик улетел,
        Её утешают, а шарик летит.

        Девушка плачет, жениха всё нет,
        Её утешают, а шарик летит.

        Женщина плачет, муж ушел к другой,
        Её утешают, а шарик летит.

        Плачет старуха, мало пожила,
        А шарик вернулся, а он голубой.

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Svetlana Geier, « la femme aux cinq éléphants »

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Vu ce film dont le titre ne me disait rien au départ. Avec la mémoire de rien du tout à présent (et puisqu’on parle d’éléphants, elle fut bonne ma mémoire, et elle est encore intacte pour l’ancien, pour le nouveau c’est zéro et c’est comme ça). La première qui m’en a parlé, et par mail, il ne m’en est rien resté sinon dans quelle salle, c’est déjà ça, ça situe un peu la catégorie de film … la deuxième, rencontrée par hasard en descendant du train, m’a bien situé l’affaire … les cinq éléphants ce sont [les tapuscrits de] ses traduc’ de Dostoïevski du russe vers l’allemand.
Bon, il est donc évident que je veux voir ce film
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notes : http://www.allocine.fr/film/casting_gen_cfilm=175734.html
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Svetlana Geier est l’héroïne et l’interprète de cette histoire, qui est l’histoire de sa vie, depuis son Ukraine natale jusqu’à l’Allemagne où elle vit depuis la fin de la guerre. Elle a appris l’allemand pour son bac puis après. Elle a quitté l’Ukraine, avec sa mère, elle raconte elle évoque la répression stalinienne envers les ukrainiens dont son père, les massacres de Babyi Yar, la fuite, mais le début du film la voit dans son activité quotidienne aujourd’hui, ses familiers, tant ses petits-enfants que les personnes avec qui elle travaille, secrétaire (machine à écrire), éditeur, un vieil ami féru d’allemand avec qui elle discute pied à pied certains mots. Elle évoque le professeur qui lui a donné ce conseil, ce secret d’une traduction, la faire « le nez en l’air », saisir la phrase, dans son tout, et pas comme des mots à la suite … Elle transmet son enthousiasme, les difficultés de la traduction au cours d’un séminaire organisé en son honneur à Kiev, son premier et sans doute unique voyage au pays de ses ancêtres …

http://www.marclefrancois.net/

http://www.5elephants-lefilm.com/

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2010/10/12/la-femme-aux-cinq-elephants-une-traductrice-dans-la-lumiere_1423800_3476.html

Une petite surprise au générique de fin, la Migros (que suisses et frontaliers connaissent bien) apparaît, a participé … marrant, jamais vu les Galeries « farfouillettes » ni aucun grand magasin figurer …

un borshtsh maison

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En plein été, touristes éhontés si heureux d’être gâtés, chouchoutés comme des envoyés-de … des représentants d’un monde différent, paré de toutes les séductions.

1967 donc, mon second séjour, la seule fois où le voyage s’est fait en train ! oui, 54 h de Paris à Moscou, un arrêt de 6 h à Varsovie, le temps qu’on nous montre un film remarquable sur l’insurrection en 43, je suis nulle ce matin, je ne me rappelle plus, c’est pourtant un film connu, un superbe NB où on entend Maria Casrès, l’immense …

Pour ce voyage en train nous sommes quelques niçois, dont JP tout jeune, ses parents « me l’ont confié » … une entente, une complicité que je n’ai pas eue avec Philippe dans ces âges-là mais seulement plus tard. Il y a aussi un noyau, niçois toujours, de fervents jeunes PC, des enthousiastes de la langue russe faisant russe de tout bois, la cathédrale, les cours, les correspondants, les pots de France URSS et il y a une fille-à-problèmes, qui nous en posera au cours du voyage …

Mais on parle cuisine, celle des restaus, cantines et autres n’est pas à la hauteur … avec JP, l’aubaine, il a dans son carnet, l’adrfesse de deux vieilles dames, relations de ses parents, militants de gauche et comme il estime, modeste, qu’il ne pourra pas les affronter seul, il m’embauche, moi prête à tout pourvu qu’on aille parler russe … recherche de l’adresse, on ne vend pas de plans, il faut aller demander son itinéraire à de petits kiosques dans la rue, il y en a partout, спрачное бюро (au secours, Tania) et il s’avère que nous avons un sacré trajet à faire, métro, tram (oui ? je crois bien) pour arriver jusqu’à elles … charmantes, adorables, confuses de ne pas nous recevoir comme des princes (que nous commençons à incarner, on ne doute de rien) et nous voilà JP et moi racontant … que nous sommes mère et fils, que Papa n’a pas pu faire le voyage … il va falloir tenir la fiction, on ne manque pas d’imagination et c’est parti pour la durée du séjour ! Donc une invitation en règle, que voulez-vous qu’on prépare … réponse « un borshtsh » !
ah ce culot, elles vont devoir faire des courses importantes, passer des heures à la cuisine … ellles se sont surpassées, jamais goûté à un tel borshtsh, et en plein août !

Ce séjour 97 ! curieux comme il s’était estompé, avait disparu et le voilà qui revient avec ses fous rires, je crois bien que JP était fousrirogène … le soir, les jours où n ne sortaitpas, on jouait à la belote dans les chambres, et il y avait Tante Hélène, rêveuse, poète, qui n’avait jamais joué, mais on va t’apprendre ! il y avait Maryse, « la comtesse » venue à Moscou avec une valise de Bibles … autre militantisme, elle avait « un moteur », quel moteur ? qui avait posé problème à la douane, il s’agissait d’un transfo !!! on n’était pas tellement branchés en ces temps-là … Les parties de belote, toujours les mêes qui gagnaient, trichant effrontément, la pauvre Hélène un peu distraite essayait pourtant de suivre, impossible avec des partenaires emportés dans leurs fous rires …

Triste, je n’ai jamais été capable de soutenir un bonne belote ailleurs, il y manquait ces rires, cette bonne triche franche et débridée … la distance avec un autre personnage qui se libérait hors les murs

glycines et aïoli

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le lieu Villefranche sur Mer années 60 … l’époque de Jules et Jim, de Bardot, Anna Karina, qq putchs et négociations …
Que reste-t-il bien des années après si on cherche des souvenirs, il en est de toutes sortes, mais sans parler du cadre, du climat météo, du climat ambiance dans une petite colonie de scientifiques isolés comme sur une île … parlant sans accent, vivant un peu en vase clos avec la grande ville à trois kilomètres mais la barrière des collines tout autour, et la Rade.
Des gens isolés, plongés boulot toute la journée quand est-ce qu’ils se retrouvent ? le midi, à table les restaus tout autour sont chers et une cantine démarre, tenue par une vraie niçoise qui fait bien la cuisine connaît la vie, elle a tout de la mère maquerelle, cette bouche peinte en coeur, les yeux le cul, le décolleté et il faut l’entendre, un régal … la bouffe à la hauteur, beignets de fleurs de glycines, il y en a tout autour, on n’a qu’à ramasser on se régale. Le vendredi elle institue l’aïoli et l’après-midi la station embaume, tous à l’ail …
on se marre. La cantine, nous ne sommes pas nombreux, c’est une table longue sous un toit de canisses, des bancs en longueur aussi …

J’entends les rires, celui de JS, un marseillais aisé et gouailleur qui avait un petit air de Belmondo, CC blond, breton, incertain, instable après ses 27 mois d’armée (inutile de préciser où), EB aux cheveux longs, une blonde austère … et les passagers les parisiens (nous ne l’étions plus) snobs, la grande épate, les étrangers aussi venus du Canada, d’Angleterre, un soviétique en France pour un an, Valya, Valentin (on prononce Valèntine) …

Et il y avait ceux qui ne mangeaient pas à la cantine, rentraient chez eux le midi et il y avait aussi Le Fondateur (ou presque) Grégoire Tregouboff, exilé en France après 1905 (plutôt la France que la Sibérie), réputé pour son caractère bougon, un ours disait-on, et pour l’immensité de ses connaissances sur le plancton. Il habitait Nice, était déjà très âgé et arrivait autour de midi pour travailler quelques heures. Il avait un disciple, position à la fois enviable et pas, un peu tyrannique l’Ours … quand il demandait un service, c’était tout de suite, ne savait pas attendre …
Devenu encore plus vieux, il s’est radouci et j’ai pu parler avec lui aidée guidée par mon enthousiasme pour le russe, il m’a donné des papiers sur le Baïkal, je ne sais plus où je les ai rangés. Il parlait français avec le plus bel accent russe qu’on imagine popularisé dans les films … quel bonheur de l’entendre discourir, sa grrrande moustache jaune, les petites lunettes à la Lénine, le béret …
A Nice il y avait deux églises russes, la grande, la Cathédrale et une plus modeste rue Longchamp, qui avait bibliothèque et salle de lecture, et qui collectait tous les livres que les héritiers donnaient quand disparaissaient les émigrés … j’y ai passe de très bons moments, adoptée pour mon amour du russe, une aubaine, ils me racontaient … j’étais sous le charme