des images en éventail

Publié le Mis à jour le

Ou les egos élastiques, des jours où on est écho à des egos amis, complices, recherchés et des jours où son propre ego réclame, j’ai envie de rouler pour moi, « les routiers sont sympa ». Et moi, et moi et moi mais cette chanson parle d’un moi dans la foule, « aujourd’hui j’ai fait l’amour avec des milliers de chiliens », c’était dans un film d’Abraham Segal, chercherai le titre la date, vers 75-76. Oui, les egos élastiques, le télescopage d’images, qui se chevauchent, superposent, s’évanouissent peuvent revenir … et il y a des mécanismes des procédés « des trucs » pour les voiler dévoiler, comme on fait glisser les panneaux d’un éventail …

 
éventail

"les comédiens"

L’adresse de ce bel éventail qui a « la coquetterie » de se déployer seulement sur site : http://www.verapilo.com/eventails/boutique-eventails/index.php?page=carrousel — contrariété d’ordre technique : les liens, les adresses copiées affichées comme liens ne fonctionnent pas avec WordPress, je ne les vois pas tous sur la colonne de droite … —

    Le jeu de l’éventail, ouvert, plus ou moins, on voit certaines de ses images … celles qui sont dessus, comme Google classe les articles par occurence, comme l’affichage des comm que Facebook resserre, aplatit, rouvre en accordéon.
    nbsp;

    Nos images mentales jouent un peu le même jeu, tout en haut … et même de façon obsessionnelle les fréquentes les rapprochées ou alors ce sont des souvenirs ou des marquants … on n’ouvre pas l’éventail, l’inconscient est aux commandes. D’où l’importance la nécessité de ventiler, pas croupir se laisser envahir … Varier, diversifier c’est vital.

    Je me suis laissée prendre dans ces filets, fonçant tête baissée, comme je l’ai fait autrefois pour le russe, ou au moment de la thèse, pour le piano aux alentours de mes seize dix-huit ans, Internet aussi. On écarte tout et on plonge dans le bouillon, c’est à ce prix qu’on progresse. Certainement, mais se ménager des arrières, des fenêtres latérales … sinon on devient fou dingue style Huis clos. Et la célèbre phrase « l’enfer c’est les autres ».

    Facebook ?
    Et une des phrases « historiques » entendues ce matin à propos de Ben Laden …
    http://www.franceculture.com/emission-les-matins-apres-la-mort-de-ben-laden-2011-05-02.html — du diable si je me souviens de cette phrase, il faudrait réécouter les Matins de ce lundi 2 mai 2011. En fait c’est toute la chronique, les Idées claires de Julie Clarini et, au-delà d’une phrase, c’est un mot, un concept, un monde …

    http://www.franceculture.com/emission-les-idees-claires-desamicalisez-moi-2011-05-02.html
      … au cas où le lien ne fonctionnerait pas, le texte de la chronique, piqué sur le site de France Culture :

    « Désamicalisez-moi ! »
    02.05.2011 – 07:35

    « Chers auditeurs, j’en suis sûre, vous connaissez le mot « désamicaliser » ; non, ce n’est pas encore dans le dictionnaire de l’Académie, mais son équivalent anglais « to unfriend » est entré dans celui d’Oxford il y a déjà deux ans. (Comme quoi le conservatisme britannique n’est plus ce qu’il était…)

    « Désamicaliser », c’est supprimer un de ses amis sur le réseau social Facebook.
    Et si j’en parle ce matin , c’est parce sur ce simple clic – « je te supprime de ma liste d’amis, tu n’auras donc plus accès à ma page personnelle, et à tout ce que je partage avec les autres » –, sur ce clic décisif – « tu n’en es plus »- une admirable analyse de l »univers Facebook a été développée, dans un dernier numéro du Débat.

    Au début, une intuition : une partie du succès de Facebook viendrait, non pas de sa capacité à mettre en relation des individus, mais de sa capacité à neutraliser le conflit entre eux. Pas de bagarre, en effet, pas d’explication, pas de justification, il suffit d’appuyer sur une touche, et le miracle advient : toi, l’ami qui me pèse, l’opportun, le fâcheux, tu as disparu de mon univers numérique.
    Facebook propose ce service immense : se débarrasser d’un ami sans entrer en débat avec lui.

    Or, ce monde où l’ami peut rejoindre du jour au lendemain l’immense foule de ceux qu’on ignore avec délectation, ce monde est d’autant plus intriguant, explique l’auteur de cette analyse, Jérôme Batout, que l’histoire de la création de facebook n’est qu’une histoire de conflits, de conflits entre anciens amis devenus de parfaits ennemis. Le film qui retrace la naissance du réseau social The social network ne met en scène, à y bien regarder, qu’une série de ruptures. Rupture avec une ancienne petite amie, qui donne à Mark Zuckerberg l’idée de pirater le trombinoscope du campus d’Harvard, rupture avec jumeaux Winklevoss avec qui pourtant a lieu la première coopération autour du réseau, et rupture avec le meilleur ami, le best friend forever, Eduardo.

    « En d’autres termes, écrit Jérôme Batout, l’histoire de Facebook est celles d’amis qui, à force de soigneusement, refouler des divergences naissantes, les laissent s’épanouir, et se retrouvent in fine en situation d’hostilité totale lorsque le conflit, qui a eu le temps de pourrir, se manifeste. Alors, en une fraction de seconde, on passe d’ « ami » à « ennemi ». Retournement complet.

    A se demander si Facebook ne propose pas, plus qu’un réseau social, plutôt une utopie sociale, oui carrément une utopie : car, qu’elle paraisse attrayante et souhaitable ou au contraire repoussante, c’est bien une vision du monde, d’un autre monde possible qu’offre Facebook à ses utilisateurs : un monde dans lequel serait effacée une donnée majeure de la vie en société, le conflit.
    Ah quel bonheur, d’autant plus qu’il faut le dire, l’ordinaire de la Toile est à l’opposé de cette vision idyllique. Sur internet, ce qui règne en maître c’est le débat, la concurrence des opinions, des plus triviales aux plus nobles, de « faut-il manger bio » au référendum sur la Constitution de l’Union. Tous les jugements sont possibles, des plus subtils au plus brutaux.
    Eh bien, ce que vous offre Facebook, c’est de vous mettre à l’abri de toute ambivalence. Voilà une clef de son succès.

    Reste à savoir, s’interroge Jérôme Batout, si Facebook ne va pas plus loin, si en vérité davantage qu’un monde sans conflit, la force du dispositif ne repose pas sur un mode violent de règlement des conflits.
    Car « désamicaliser », c’est brutal et définitif, comme une brouille d’adolescents. Et cette manière d’esquiver le conflit jusqu’à ce qu’il explose, sans lui laisser la possibilité de se régler, rappelle le lieu de naissance de facebook, le campus américain, un endroit où le code de la sociabilité, impose de se montrer extrêmement sympathique, de refouler les dissensions, réprimer les jugements. On enfouit les pensées négatives jusqu’à l’explosion, au passage à l’acte.

    La question s’impose : Facebook est-il le site d’une génération, et possiblement d’un monde pour lequel, tendanciellement, toute la dimension de la contradiction, de l’adversité, du conflit, serait tenue dans une orbite morte de refoulement ? C’est l’hypothèse de l’auteur de cet article.

    Auquel on ne manquera pas d’opposer que cet aspect régressif de Facebook n’a pas empêché les jeunesses arabes d’en faire une formidable outil pour le conflit. Le réseau social a parfaitement fonctionné comme lieu de rencontres, d’information, d’agrégation des revendications.
    Rien de plus qu’une nouvelle illustration que la technique est toujours façonnée par son usage, et ne connaît aucun déterminisme. En Tunisie, et en Egypte, l’ami est devenu un camarade, mais qui sait, dans un temps futur, le camarade de lutte redeviendra peut-être un ami qu’on aura envie de supprimer, et ce sera si simple…
    « Desamicalisez-moi » !

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