la voiture de sport rouge

Publié le Mis à jour le

1966 hôpital St Antoine, Paris

C’est tout ? (commencé il ya un mois …).

Je reprends, après ce titre prometteur, c’était comme ces jours-ci la période de Pâques, j’étais entrée à St Antoine pour être opérée, on ne savait pas très bien, plusieurs mois que se succédaient examens et angoisses, dossiers perdus, on avait détecté une grosse boule, bien noire sur les radios … l’histoire durait depuis près d’un an, visite médicale en vue de mon tout premier examen de russe, 1965, hôpital Pasteur à Nice … un toubib qui s’écrie « vous avez un kyste hydatique ! il faut l’enlever avant d’avoir une éventration ! »
Avis contraires, appréciations des toubibs entre eux etc … je « monte à Paris », mon stock de bouquins, savais pas combien de temps …
Premier service, salles de trois alitées, étonnement mais elles sont enceintes ! en fait des cirrhoses du foie, et là j’ai été de surprises en découvertes … sortie de mon petit monde de scientifiques, le ghetto select, extraordinaire ! le monde la vie ! après les années de thèse, l’ouverture … Et tout de suite l’ouverture en chirurgie, la voiture rouge arrive …
Quarante cinq ans après j’ai envie de chanter Qu’il était beau mon De…leau … un peu comme « mon légionnaire ». Grand long blond, sympa mais peut-être un peu pète-sec … Alors la voiture ? d’un beau rouge, non ce n’était pas une Alfa, une Triumph peut-être ?
http://jackybritishauto.blog4ever.com/blog/lire-article-376787-1874663-l_histoire_de_triumph.html

Il arrivait très tôt le matin, autour de 7 h, j’avais unechambre seule au rez-de chaussée d’un pavillon qui a dû être démoli peu après, 1966 c’est l’installation d’un CHU à St Antoine, visite du Général de Gaulle, branle-bas … je n’ai pas vu le Général mais tous les matins je voyais arriver la voiture rouge et j’admirais l’élégance avec laquelle Dem…leau s’extirpait, se déroulait. Si on était opéré ce jour-là, on ne le voyait pas avant, mais les autres jours on avait droit à sa visite, il s’asseyait, prenait le temps, on faisait vraiment connaissance, il m’a montré (j’ai eu droit à deux opérations et une petite en plus) les diapos de mes bébêtes, commentaire sur sa technique, toute perso, « avec une pompe à bicyclette » pour ne pas laisser s’échapper une goutte de ce fichu bain rempli du « sable hydatique » … moi qui n’avais pas aimé ces chapitres nématodes cestodes à l’époque de « zoo » (la licence) j’en ai appris un rayon là, et c’était bien plus vivant … suis devenue une grande « espécialiste ». Et appris qu’il opérait en musique, son transistor haut de gamme …
Très blagueur gouailleur, « allons faire la guerre du Vietnam » en passant à la chambre d’en face, un abcès du foie, qu’il a opéré guéri « en chantant » … Le respect du grand patron qu’il était, l’infirmier qui « s’était permis » (il le disait tout modeste, peur d’une remontrance) oui il avait fait un truc contraire à la pratique du Maître, qui était : pas de bandages, pas de points, des rubans de scotch … et les plus belles cicatrices, celles qu’on ne voit pas ! Quelle Belle Equipe, tous, les infirmiers infirmières, les internes et la voiture rouge à cet extraordinaire bonhomme. Oui, il s’établit des liens une sorte d’intimité avec son chirurgien, ou du moins c’était ça …

Deux mois j’ai passé là-bas, sur tous mes livres, j’en ai vraiment lu un « Dans les forêts », traduit du russe par Sylvie Luneau (un livre de Melnikov Petcherski). Et j’ai appris par coeur pas mal de vers russes, Koltsov, « не шуми ты, рожь » encore toute sous le coup de l’anesthésie, mais la mémoire, l’apprenance marchait … étonnant, non ?

А.В. Кольцов
Alexey Koltsov
(1809-1842)

Не шуми ты, рожь

спелым колосом !

ты не пой, косарь,

про широку степь !

Мне не для чего

собирать добро,

мне не для чего

богатеть теперь !

Прочил молодец,

прочил доброе,

не своей душе —

душе-девице.

Сладко было мне

Глядеть в очи ей,

В очи, полные

полюбовных дум !

И те ясные

Очи стухнули,

Спит могильным сном

Красна девица !

Тяжелей горы,

Темней полночи

Легла на сердце

Дума чёрная !

1834 г

___

Seigle, ne bruisse pas

De ton épi mûr !

Et toi, faucheur, ne chante pas

Par la vaste steppe !

Je ne suis pas d’humeur

A récolter du bien

Je n’ai pas de raison

De m’enrichir à présent !

Jeune homme, tu as

Accumulé du bien,

Pas pour ton âme,

Pour celle d’une jeune fille.

Il m’était doux

De regarder dans ses yeux,

Dans ses yeux pleins

D’amoureuses pensées !

Et ces yeux vifs

Se sont éteints.

La belle jeune fille dort

Du sommeil éternel.

Plus lourd qu’une montagne,

Plus sombre que minuit

Cette noire pensée

Pèse sur mon cœur.

1834

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2 réflexions au sujet de « la voiture de sport rouge »

    Abdelkefi a dit:
    mars 15, 2014 à 10:31

    Que de bons souvenirs , merci

      gildotchka a répondu:
      mars 19, 2014 à 8:57

      bonne journée, Abdelkefi et merci de m’avoir lue, oui ce sont des souvenirs bien chers. Je lis pas mal de livres récents sur Tunis post 14 janvier …
      Amitiés
      gilda

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