Moscou 1967 : Alexandra Alexandrovna

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Est-ce que je retrouverai sa photo, le buste, ce visage si doux aux yeux bleus, son sourire …

Une rencontre peu ordinaire, avec mystère petit suspense, télégramme …
Tout a commencé à Nice où je suivais ce cours de russe, ce cours extraordinaire (le mot n’est pas trop fort) où Mme Volochine avait eu le privilège de lancer une propédeutique de russe, en relation avec la Fac d’Aix. C’était fin 64, octobre, j’avais fait un premier séjour, deux semaines, à Moscou, en juillet-août et je ne rêvais que d’apprendre le russe … chance, cette création d’un cours sur place, destiné à des étudiants qui en avaient fait au lycée, je me retrouve avec quatre ou cinq jeunes, à 36 ans je me trouvais vieille ! et pleine d’enthousiasme, pas déçue oh non, ces cours riches, denses, précis, profonds … lecture, versions, pas d’exercices, pour ça j’achète Le russe vivant, 4 volumes et je fonce, le grand plaisir ce sont ces versions, tous les quinze jours, des heures et des heures, déchiffrer, vocabulaire, première traduction toute boîteuse, et re et encore, et relire essayer d’entrer dans le texte, traduire encore … puis relire le français seulement et le mettre d’aplomb, laisser reposer comme pour la cuisine et on recommence et les mots sont remplacés, ils se bousculent, un changement en appelle un autre, casse la phrase … on vit dedans plus rien d’autre n’importe … Certains textes je m’en souviens encore, на ярмарке, (na yarmarke) à la foire … de Bounine je crois et d’un autre où le Pope passait la nuit entière perché, accroché sur le toit de l’izba par sa matrone de femme en colère, l’intéressant dans cette histoire c’était l’expression от зари до зари (ot zari do zari) d’une aube à l’autre mais en russe il y a deux aubes, celle du soir et celle du matin et donc la punition ne durait qu’une demi-journée, ne le plaignons pas trop …
Et au cours de ces cours il y avait des tournures de phrases, des expressions vivantes des exemples … dont un « et nous nous sommes abonnés aux pâtes » сидим на макаронах sidim na makaronakh … Cette histoire de macaroni, nourriture invariable, parlait d’une dame que notre prof avait rencontrée à Moscou, qui adorait rencontrer les délégations de français et parler, raconter, et ces rencontres l’occupaient tellement qu’elle n’avait vraiment pas le temps de faire la cuisine pour ses deux garçons et voilà le pourquoi de leurs repas macaronesques.

Et en 67 Moscou de nouveau, cette fois quelques adresses en poche et l’espoir de connaître des russes autrement que dans les livres ou au cinéma … J’écris quelqes petites lettres un peu maladroites, me présentant, disant voilà je passe trois semaines ici, un stage de russe à tel institut … Et j’attends, les jours passent. Arrive le premier dimanche et arrive, pour moi, un télégramme, sans signature, deux mots жду Вас jdou vas « je vous attends », suivi du nom d’un arrêt d’autobus, métro Davydkovo, autobus … Mais qui ? un moment d’inquiétude … ce ton qui me paraît autoritaire, allez savoir. Bon, j’y vais, métro autobus, arrêt et là tout s’éclaire quand je vois une petite femme, fichu blanc cheveux aussi, souriante, impatiente, bien sûr c’est elle Alexandra Alexandrovna, elle qui faisait manger des pâtes à ses garçons !

Et nous voilà parties, on va chez elle, chez eux, elle habite en banlieue avec le plus jeune de ses fils, Sacha, qui est marié, a un petit garçon. Ils ont un appartement de deux pièces et un living, ce n’est pas un logement communautaire comme il y en a encore beaucoup mais voilà le prix à payer c’était l’exil en banlieue, insupportable pour elle qui était habituée à sortir beaucoup en ville, c’était une offense, обида obida , adieu les théâtres, les librairies, les amis qu’on rencontre facilement …

Les russes déjeunent sur le pouce mais dînent tôt, l’après-midi oui, et surtout si on a des amis on goûte, et c’est incroyable, les gâteaux, le thé qu’on sert et ressert et on parle tant, on ne peut jamais s’arrêter et la prochaine fois on rencontrera d’autres amis conviés pour voir des frantsouzy, pour raconter, offrir, se donner rendez-vous à tel musée ou cimetière (monuments).

La suite au prochain numéro … bonsoir

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